Paillage au papier journal au potager : ce que personne ne dit sur le risque que cela pose pour votre sol
Cette astuce de paillage au papier journal limite bien les mauvaises herbes, mais elle peut aussi bloquer l'eau et affamer le sol en azote.
Au potager, les journaux qui s’accumulent dans le couloir font désormais envie à beaucoup de jardiniers. Cette astuce de paillage avec du papier journal circule de plus en plus, portée par la hausse des prix des paillis et les épisodes de sécheresse. Pourtant, entre ce qu’elle promet et ce qu’elle fait vraiment au sol, il y a un écart que peu de personnes connaissent.
Ce que le paillage en papier journal réussit vraiment au jardin
Selon Mon Jardin Ma Maison, cette astuce s’appuie sur un principe simple : bloquer la lumière pour empêcher la germination des mauvaises herbes. Le magazine rapporte qu’un paillage en carton a éliminé 99,66 % des herbes indésirables dans un verger turc en 2011, contre 90,61 % pour un traitement au glyphosate. Ainsi, le papier journal se révèle redoutablement efficace contre la banque de graines du sol.
Le jardinier Kevin Lee Jacobs, dans des propos relayés par Mon Jardin Ma Maison, affirme que le papier journal « fait disparaître instantanément les mauvaises herbes » et « empêche qu’elles ne réapparaissent pendant toute une saison, voire plus longtemps ». La méthode conseillée consiste à superposer 4 à 6 feuilles de journal, à les chevaucher pour ne plus voir la terre, à les arroser, puis à les recouvrir de 5 à 10 cm de paillis organique. Par conséquent, le désherbage se réduit à quelques plantules isolées tout au long de la belle saison.
Un gain d’humidité notable autour des légumes
Pleine Vie décrit aussi des planches qui restent souples et fraîches avec bien moins d’arrosages. De plus, le magazine précise que les fibres de cellulose du papier « agissent comme une éponge », retenant l’eau au niveau des racines. Autour des tomates ou des courges, cette action est donc particulièrement utile en période de chaleur.
La technique préconisée par Pleine Vie consiste à poser une collerette de 5 à 8 feuilles de journal trempées autour des plants, sans toucher le collet. Des essais de paillage ont ainsi permis, sur d’autres légumes, des gains de rendement de 30 à 161 %.
« Ses fibres de cellulose agissent aussi comme une éponge. » — Pleine Vie
Les risques cachés que cette astuce fait peser sur le sol
Pourtant, cette technique présente des limites sérieuses. Une fiche de Bricoleur Pro, publiée par Ouest-France, rappelle que les paillis classiques en paille ou broyat sont aérés, alors que 5 à 10 feuilles de journal superposées forment vite une barrière quasi continue. Quand cette couche sèche et se compacte, l’eau d’arrosage ruisselle au lieu de pénétrer.
En revanche, le sol « respire » alors moins bien. Cela freine l’activité des micro-organismes utiles et fatigue les racines en profondeur. Par conséquent, ce que l’on pose comme protection peut devenir un frein pour la vie du sol.
- Le papier journal compacté empêche l’eau de pénétrer dans le sol.
- Le sol respire moins bien, ce qui freine les micro-organismes utiles.
- Le papier, riche en carbone et pauvre en azote, peut provoquer une faim d’azote temporaire.
- Seules les feuilles noir et blanc, non glacées et non plastifiées, sont adaptées au jardin.
- Les pages brillantes de magazines contiennent des colles et pigments peu souhaitables dans le sol.
La faim d’azote et le problème des encres
Bricoleur Pro avertit aussi que ce papier, très riche en carbone et pauvre en azote, peut provoquer une faim d’azote temporaire. Ce risque concerne surtout les grandes surfaces déjà pauvres, le temps que les microbes dégradent la cellulose. Ainsi, les plantes à proximité peuvent manquer d’azote disponible pendant cette phase.
De plus, le choix du papier est décisif. Seules les feuilles de journal noir et blanc, ni glacées ni plastifiées, sont envisageables au jardin. Les pages de magazines brillants et les emballages très imprimés contiennent des colles et pigments peu souhaitables dans le sol, selon Bricoleur Pro.
Comment poser cette astuce sans tomber dans le piège
Cette astuce de paillage en papier journal fonctionne avant tout comme une solution d’appoint. Bricoleur Pro résume que « ses limites physiques et agronomiques imposent prudence et discernement ». Ainsi, mieux vaut la réserver à des surfaces limitées, sur une courte période.
La pose reste simple : on humidifie les feuilles avant de les étaler, on les chevauche soigneusement, puis on couvre d’un paillis organique. De cette façon, le papier reste en contact avec le sol humide et se dégrade plus vite, sans former de croûte imperméable. Par conséquent, le risque de ruissellement diminue nettement.
En pratique, cette astuce convient bien autour de jeunes plants de tomates ou de courges en début de saison. En revanche, la poser sur de grandes surfaces nues, pauvres en azote, reste déconseillé. Le papier journal reste ainsi un outil utile, à condition de bien connaître ses vraies limites et de choisir uniquement des feuilles noir et blanc, non glacées.
Pour ceux qui veulent profiter de cette astuce tout en préservant leur sol, la règle est simple : peu de feuilles, bien humidifiées, toujours recouvertes d’un paillis organique, et jamais sur de longues durées. Cette astuce de paillage reste alors un geste économique et raisonné, ni miracle, ni piège.