Ma grand-mère étalait toujours son gant de toilette après usage et la raison n’a rien à voir avec le rangement
Votre gant de toilette roulé en boule met des semaines à sécher et favorise les bactéries. Étalez-le sur un crochet après chaque usage.
Votre gant de toilette traîne peut-être en boule sur le bord du lavabo sans que vous y pensiez. Pourtant, cette habitude anodine intéresse désormais des chercheurs, et ce qu’ils ont trouvé dans les fibres des serviettes mérite vraiment qu’on s’y attarde.
Ce que les fibres gardent après votre douche
Le tissu éponge d’un gant ressemble trait pour trait à celui d’une serviette de bain. Des boucles de fil s’ancrent sur une trame, et cette structure crée naturellement des recoins où l’humidité s’attarde longtemps.
Or des chercheurs du groupe japonais Kao ont suivi des serviettes en éponge pendant 6 mois dans des foyers. Dès le deuxième mois d’usage quotidien, des odeurs et une ternissure s’installaient sur les serviettes testées.
Ces résultats ont paru en 2023 dans la revue scientifique Scientific Reports. L’équipe a observé des structures de biofilm sur l’ensemble de la période, surtout dans la trame de fond du tissu.
Un biofilm, c’est une communauté de bactéries accrochée à une surface. Ces bactéries fabriquent leur propre matière collante, ce qui les rend particulièrement difficiles à déloger.
Polysaccharides, protéines, acides nucléiques et bactéries viables augmentaient progressivement avec le temps. La flore trouvée dans les serviettes différait nettement de celle de la peau humaine et des vêtements ordinaires.
Des espèces particulières corrélaient avec la ternissure et la quantité de biofilm. Les auteurs avancent que certaines bactéries seraient spécifiquement adaptées à la fibre d’éponge.
Pourquoi le gant de toilette roulé en boule pose un problème
Aucune étude n’a testé directement le gant de toilette lui-même, et il est honnête de le préciser. Cependant, la similitude du tissu permet une analogie raisonnable avec les résultats sur les serviettes.
Un gant tordu puis roulé crée un cœur épais au centre. Ce cœur sèche beaucoup plus lentement que les bords exposés à l’air.
Le communiqué de Kao avance par ailleurs que les bactéries préféreraient les zones où les fils bougent peu et restent mouillés, notamment la trame de fond. C’est précisément cette zone qui se retrouve enfermée dans une boule compacte.
Il s’agit de physique domestique, pas d’un résultat d’étude. Pourtant, ce raisonnement éclaire concrètement ce qui se passe dans votre salle de bains chaque matin.
Les surfaces de la salle de bains sous surveillance
La chercheuse Stephanie Fritz, de la Washington University School of Medicine à St. Louis, a mené en 2014 une étude publiée dans JAMA Pediatrics. Elle a prélevé 21 surfaces dans les foyers de 50 enfants infectés ou récemment infectés par le staphylocoque doré résistant à la méticilline.
Les prélèvements couvraient salons, salles de bains, cuisines et chambres. Parmi toutes les surfaces testées, la serviette à mains de la salle de bains ressortait contaminée dans 15 % des foyers.
Cette contamination touchait notamment les draps, les télécommandes et ces fameuses serviettes de salle de bains. L’étude ne permettait cependant pas de trancher entre deux directions possibles.
Les enfants contaminaient-ils les surfaces, ou ces surfaces les exposaient-elles davantage ? La question reste ouverte. De plus, l’étude portait sur des foyers déjà concernés par une infection, pas sur la population générale.
Aucun gant de toilette ne figurait dans la liste des surfaces prélevées. Ces 15 % ne disent donc rien de votre propre situation.
Les gestes qui changent vraiment quelque chose pour votre gant de toilette
La solution concrète ne demande que quelques secondes. Déplier le gant après usage et l’étaler sur un robinet ou un crochet suffit à exposer l’ensemble du tissu à l’air libre.
Ce geste accélère le séchage en supprimant le cœur épais que forme la boule. C’est d’ailleurs exactement ce que faisait une grand-mère citée dans les observations initiales, sans avoir lu la moindre étude.
- Déplier complètement le gant dès la fin de la douche
- L’étaler à plat sur un robinet ou un crochet ouvert
- Lui laisser un espace à l’air libre entre deux usages
- Ne pas le laisser posé en boule sur le bord du lavabo ou de la baignoire
- Laver régulièrement le gant, sans attendre l’apparition d’odeurs
Le lavage n’efface pas non plus tout problème d’un coup. Dans l’étude de Fritz, laver les serviettes de bain à l’eau chaude après chaque utilisation ne suffisait pas à éliminer toute présence bactérienne sur ces surfaces.
Les auteurs réclamaient d’ailleurs de nouvelles études sur les méthodes efficaces de décontamination des foyers. La science reste donc prudente, et il est honnête de ne pas promettre ce qu’aucun résultat ne garantit encore.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que les serviettes suivies par l’équipe de Kao n’étaient pas des objets abandonnés dans un tiroir. Elles servaient au quotidien pendant 6 mois, et leur nature avait déjà changé dès le deuxième. Un gant que vous passez sur votre peau tous les jours mérite au moins cette attention.