« À 129€, je ne vends plus » : chez Leclerc, la tondeuse qui fait fuir les clients
Chez Leclerc, une tondeuse passée de 99 à 129 € fait fuir les clients et sature les entrepôts. Le marché du jardin recule de 6 % en 2024.
Quand une tondeuse passe de 99 € à 129 €, elle ne finit plus dans le chariot. Dans le rayon jardin d’un hypermarché E.Leclerc, Estelle Guyot, responsable du rayon, observe ce blocage chaque jour : les clients s’arrêtent, regardent, puis repartent les mains vides.
Un rayon jardin Leclerc figé face à la hausse des prix
Le contraste est saisissant dans cet hypermarché. D’un côté, le rayon alimentaire est pris d’assaut. De l’autre, les tondeuses, les arbustes et les salons de jardin attendent preneur. Sur certains produits, les ventes ont chuté jusqu’à 90 %. Ce n’est pas une impression : c’est une réalité chiffrée que la responsable du rayon constate au quotidien.
La hausse de 30 % sur les tondeuses cristallise ce phénomène. À 99 €, l’achat restait impulsif, presque réflexe. À 129 €, il devient un arbitrage. Les clients pèsent le pour et le contre, comparent avec d’autres enseignes, ou décident simplement de reporter. Estelle Guyot résume la question que beaucoup se posent : leur tondeuse a dix ans, mais tiendra-t-elle une saison de plus ? Pour beaucoup, la réponse penche vers l’attente.
Le bois a subi le même sort. Étagères, lames de terrasse, abris de jardin : ces produits ont vu leurs coûts s’envoler. Une partie du stock exposé aujourd’hui date déjà de l’année précédente. La responsable y voit un avantage relatif : contrairement aux denrées alimentaires, ces articles ne périssent pas et peuvent être remis en rayon la saison suivante.
Des entrepôts saturés et une trésorerie sous pression
Derrière les rayons, la situation est encore plus tendue. L’entrepôt de 6 000 m² déborde de palettes de tondeuses, de meubles de jardin et de vélos invendus. Face à ce surplus, la direction a dû louer un second bâtiment à proximité pour absorber le stock. Cette solution d’urgence pèse directement sur la trésorerie.
Estelle Guyot ne croit pas à une fermeture du rayon, mais elle anticipe déjà une réduction de sa surface dans les années à venir. Car stocker coûte, et un stock immobile ne génère aucun chiffre d’affaires. La situation illustre concrètement ce que signifie un marché en recul pour une équipe de terrain.
Un marché du jardin en repli depuis deux ans
Le cas de cet hypermarché Leclerc n’est pas isolé. Selon l’INSEE, les ventes au détail liées au jardin, aux fleurs et aux animaux de compagnie ont atteint environ 11 milliards d’euros en 2023. Pourtant, l’observatoire Promojardin-Promanimal mesure un recul de 4 % en 2023, puis de 6 % en 2024, ramenant le marché du jardin autour de 7,7 milliards d’euros. La pression inflationniste a clairement freiné les achats non essentiels.
Ce repli touche en priorité les produits dont le prix dépasse un seuil psychologique. Une tondeuse à 130 € n’est plus un achat anodin pour un foyer dont le pouvoir d’achat se resserre. Le réflexe de réparer plutôt que de remplacer, ou d’attendre une promotion, s’est donc généralisé. Chez Leclerc comme ailleurs, ce changement de comportement se lit directement dans les chiffres de vente.
Comment acheter sa tondeuse sans dépasser les 100 €
Pour un foyer qui doit malgré tout remplacer sa tondeuse, la source de la dépense n’est pas seulement le prix affiché : c’est aussi le moment de l’achat. Voici les leviers identifiés pour rester sous la barre des 100 € :
- Guetter les opérations commerciales du printemps, souvent accompagnées de remises significatives.
- Surveiller les promotions de fin de saison, quand les enseignes cherchent à écouler leurs stocks.
- Comparer avec des modèles d’occasion, qui permettent de réduire sensiblement le budget.
- Envisager la réparation de l’appareil existant plutôt que son remplacement immédiat.
- Explorer la location partagée avec un voisin, une option qui divise le coût sans sacrifier l’usage.
Le moment de l’achat compte presque autant que le modèle retenu. En décalant de quelques semaines ou en changeant de canal, il est souvent possible de retrouver un prix proche de l’ancien tarif. C’est précisément ce que les clients du rayon jardin Leclerc ont compris, au point de vider les rayons… par leur absence.