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Alzheimer : la bouche révèle un signal précoce avant les troubles de la mémoire

Soonnight - Alzheimer : la bouche révèle un signal précoce avant les troubles de la mémoire

Alzheimer se lit aussi dans la bouche. Identifiez des signes précoces et agissez avec une hygiène simple pour réduire l’inflammation

Et si la bouche donnait l’alerte avant les trous de mémoire ? Des chercheurs suggèrent que des signaux oraux, discrets mais concrets, pourraient précéder les premiers troubles liés à Alzheimer. Cette piste ouvre des gestes simples de prévention, utiles pour les familles et pour les soignants.

La bouche, une fenêtre précoce sur le cerveau

Une inflammation des gencives, des saignements au brossage ou une haleine qui change ne sont pas anodins. Ces signes traduisent souvent une gingivite ou une parodontite, sources d’inflammation chronique. Or, cette inflammation systémique peut toucher le cerveau par plusieurs voies. Ainsi, des indices oraux semblent émerger bien avant un diagnostic formel de la maladie d’Alzheimer.

La bactérie Porphyromonas gingivalis est au cœur des débats. Repérée dans la parodontite, elle produit des enzymes, les gingipaïnes, capables d’endommager des tissus. Des études ont retrouvé ses traces dans des cerveaux de personnes décédées, avec des dépôts d’amyloïde. De plus, l’amyloïde pourrait agir comme un peptide antimicrobien réactionnel, ce qui éclaire autrement ces dépôts.

Inflammation, microbiote oral et voies nerveuses

La bouche n’est pas isolée : elle dialogue avec l’organisme. Les bactéries et leurs toxines peuvent passer dans le sang, puis franchir la barrière hémato-encéphalique en cas de fragilité. Par ailleurs, les voies nerveuses trigéminales et la mastication relient fonctions orales et centres cérébraux. Dès lors, le terrain inflammatoire peut peser sur des trajectoires menant à Alzheimer.

« Avant les trous de mémoire, la bouche parle déjà. »

Cortexyme — COR388 (Composé pharmaceutique ; ; ) s’attaque aux gingipaïnes de P. gingivalis, impliquées dans les lésions. Ce composé, aussi nommé atuzaginstat, a montré des effets biologiques prometteurs chez l’animal, puis des signaux contrastés chez l’humain.

Des signaux précoces concrets à surveiller

Certains marqueurs oraux méritent attention au fil des ans. Un saignement répété des gencives, une récession gingivale, une mobilité dentaire ou une sécheresse buccale persistante doivent alerter. Les modifications du goût ou de l’odorat, parfois liées à des médicaments, comptent aussi. En conséquence, ces signaux cumulés justifient un contrôle dentaire ciblé et un dialogue avec le médecin au moindre doute sur Alzheimer.

  • Brosser les dents deux fois par jour avec une brosse souple
  • Utiliser fil dentaire ou brossettes interdentaires chaque soir
  • Planifier un détartrage professionnel régulier
  • Signaler saignements, mobilité dentaire ou douleur persistante
  • Évaluer la sécheresse buccale et adapter les traitements

La salive devient un terrain de recherche accessible et peu coûteux. Des profils de protéines inflammatoires et des marqueurs microbiens pourraient servir de signal d’alerte. Néanmoins, tous les biomarqueurs salivaires ne sont pas validés pour le dépistage individuel. Ainsi, les équipes poursuivent les études pour affiner spécificité et sensibilité.

La mastication importe, elle aussi. Perdre des dents réduit l’efficacité masticatoire, ce qui peut nuire à la nutrition et, indirectement, à la santé cérébrale. Des travaux associent la perte dentaire à un déclin cognitif plus rapide, sans prouver un lien direct. En revanche, réhabiliter la denture et varier les textures peut soutenir les fonctions associées à Alzheimer.

Ce que disent les études et ce qui reste à prouver

Les corrélations entre parodontite et déclin cognitif se renforcent, mais la causalité reste en débat. Les trajectoires sont multifactorielles : génétique, vascularisation, métabolisme, habitudes de vie, infections. Par conséquent, il faut des cohortes longitudinales, des essais de prévention et des critères rigoureux. Aussi, l’hétérogénéité des patients impose des approches personnalisées.

Cortexyme — COR388 (Traitement contre Alzheimer ; ; ) a été évalué en essais cliniques avec un objectif clair : inhiber les gingipaïnes pour réduire l’inflammation cérébrale. Des restrictions réglementaires et des résultats mitigés ont freiné le programme, conduisant à une réorientation de la société. Pourtant, cette piste infectieuse a stimulé d’autres stratégies thérapeutiques et de nouvelles cibles.

Agir dès maintenant, avec des gestes simples et un suivi coordonné

Un protocole oral préventif peut être intégré facilement au quotidien. Brossage minutieux, hygiène interdentaire, hydratation et contrôle du tabac forment une base solide. Planifier une visite chez le dentiste tous les 6 à 12 mois aide à stabiliser l’inflammation. De plus, impliquer la famille facilite l’adhésion quand la mémoire flanche.

Les soignants de premier recours ont un rôle clé. Un questionnaire bref sur saignements, douleur, sécheresse et habitudes d’hygiène repère vite un risque. Ensuite, l’orientation vers un chirurgien-dentiste permet un traitement de la parodontite et une éducation personnalisée. Par conséquent, cette coordination précoce peut alléger une partie de la charge liée à Alzheimer.

Les décideurs peuvent soutenir des parcours intégrant santé orale et cognition. Des campagnes d’information ciblent les plus de 65 ans, qui cumulent facteurs de risque et polymédication. Néanmoins, la prévention reste bénéfique à tout âge, surtout chez les personnes à maladies chroniques. À terme, mieux prendre soin de la bouche pourrait devenir un réflexe pour retarder ou atténuer les impacts attribués à Alzheimer.

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