Andy Morris

Andy Morris est l’un des Djs du duo Narcotic Thrust, auteurs de l’incontournable « Safe From Harm ». Originaire d’Australie, Andy Morris été à Londres alors même que la House prenait son envol…

Lemonsound : Andy, les Narcotic Thrust sont mondialement connus grâce à votre tube interplanétaire, “Safe from Harm”. Comment vous est venu l’idée de ce morceau ? Comment avez-vous connu les types des Brand New Heavies et la chanteuse de Zero 7 ?
Andy Morris: "Stuart et moi connaissions un type qui travaillait au Ministry Of Sound. Un jour il était tombé sur tout un tas de vieux disques de soul, disco, funk. Il nous a proposé de jeter un œil, au cas où un morceau nous plairait pour faire des samples. On est tombé sur une bass line qu’on a aimé mais à ce moment là on pensait juste à une instrumentale. Et un de nos potes, Rob, nous a proposé d’écrire des paroles, et il est revenu avec Safe From Harm. On connaissait Yvonne, la chanteuse de Zero 7, et on lui a proposé de chanter. Et les types de Brand New Heavies sont des amis de Stuart. On voulait de la musique live, et ces types sont les plus funky de la terre ! Le reste… well it’s history !"

Mais ce morceau je l’ai entendu pour la première fois sur “Back To Basics” l’abum de Danny Tenaglia. C’est pas lui qui l’a joué pour la première fois ? Comment ça s’est passé ?
"Au départ on aurait jamais cru que ça serait un si gros tube. On l’avait d’abord passé à un de nos amis du Ministry Of Sound et il l’a trouvé super ennuyeux. On l’a ensuite envoyé à toutes les personnes qu’on connaissait en Angleterre. Puis à tout ceux qu’on connaissait aux Etats-Unis, Danny, Deep Dish... Et ils l’ont adoré !!! Danny a joué le morceau 4 fois pendant la soirée du nouvel an. Et Deep Dish nous a appelé, ils étaient impatients de signer le morceau, alors on a accepté. Sauf qu’après Pete Tong aussi le voulait. Alors on a passé un accord, les Deep Dish auraient l’exclusivité pour l’Amérique du Nord et Pete Tong pour le reste du monde. "

Tu as travaillé sur différents remixs, par exemple sur celui de Cassius « The Sound Of Violence » et pour Kylie Minogue aussi. Comment avez-vous travaillé ? Ensemble ou séparement ?
"Alors, en général ce sont eux qui nous contacte, à travers leur maison de disque. Cassius, je ne les ai rencontré qu ‘à Sydney, alors qu’on mixait. On ne s’était jamais vu alors ils m’ont remercié pour le remix… J’ai dit « De rien ! »… Voilà quoi. Et Kylie, c’est une histoire plutôt drôle. Quand j’étais à Sydney, je vivais avec ce type complètement dingue, Michael. Et j’étais tout jeune quand Michael avait commencé à sortir avec Kylie et qu’on traînait tous ensemble à l’appart, à la plage. D’ailleurs quand j’ai rencontré Kylie, c’était la première fois que j’allais en studio pour faire un peu de scratching. Puis je suis venu à Londres, je ne l’ai plus revu pendant plusieurs années, mais par contre je connais très bien son manager. Stuart aussi à fait plein de remixes pour elle comme « Can’t Get You Out Of My Head ». "

Tu t’es lancé dans le djing quand tu étais étudiant à Sydney, pour te faire un peu d’argent. Comment était la scène australienne à l’époque comparé à la scène anglaise ?
"Dans les années 80, la scène Australienne était plus importante qu’en Angleterre. Les fêtes étaient énormes et cela bien avant qu’il y en ait en Angleterre. Il y avait une organisation qui s’appelait la RATT, et les soirées RATT étaient incroyables et très connues ! Il pouvait y avoir des centaines de milliers de personnes et à cette époque c’était vraiment unique. Je pense que c’est essentiellement parce que la scène gay en Australie est très importante. Par exemple on a Mardi Gras, et c’était vraiment dingue ça… On a de bonnes excuses pour faire la fête ! Ce n’est qu’après que de grands événements ont eu lieu en Angleterre. Quand j’ai déménagé, c’était vraiment le bon moment. J’ai pu être impliqué dans pleins de choses parce que la scène était en pleine évolution. J’ai donc eu la chance de jouer dans des clubs de dingue, de rencontrer pleins de gens…"

Tu as aussi travaillé dans un magazine de Dj si je me souviens bien… ?
"J’avais un petit contact grâce à Gordon Kay, le type qui s’occupait des charts, parce qu’il sortait avec une Australienne…"

Les Australiens sont partout !
"Que veux-tu… Ca doit pas mal énerver tout le reste du monde ! Bref, à cette époque, Chris Mellow était le directeur du magazine, et je l’ai saoulé, je lui courais après pour qu’il me laisse travailler dans son magazine genre « Please please please please !!!!! ». Il a finit par accepté. Et grâce au magazine j’ai rencontré plein de monde. Mais à Londres, faut travailler beaucoup pour gagner sa vie, et je travaillais aussi dans une boutique de fringues genre fripes américaines, à Kensingtown, ce qui était génial parce que j’ai une vraie passion pour le denim ! Là-bas j’ai fait la connaissance du type qui s’occupait de la sécurité et qui, la nuit, s’occupait aussi de la sécurité d’un club. Il m’a présenté à ce type, Bernie qui était un futur organisateur. J’ai commencé à mixer pour lui, c’était mon premier vrai job en tant que Dj en Angleterre. Bernie m’a entraîné au Club Uk, au Leisure Lounge… J’ai vraiment eu une chance de bâtard !"

Tiens, d’ailleurs, comment as-tu rencontré Stuart ?
"À travers le groupe Apollo For Fourty. Et c’est encore un coup de chance ! Je regarde en arrière et je me dis : “Mon Dieu ! J’ai dû naître avec une cuillère en argent dans le cul, c’est pas possible d’être aussi chanceux ! ». Donc un jour un type vient à la boutique, et on se met à sympathiser. Finalement c’est devenu mon colocataire. Il connaissait le groupe et comme le studio n’était pas loin de la boutique, je les ai rencontré, et j’ai rencontré Stuart. On a commencé à remixer pour le groupe, le manager du groupe a commencé me manager… Tout le monde connaît tout le monde ! Le premier Narcotic Thrust a vu le jour en 1996, c’était un petit disque du nom de « Funky Acid Baby » et c’est devenu un truc de collection qui vaut pas mal d’argent, je l’ai même vu sur e-bay ! On a fait plein de remixes dans les années 90, puis on a chacun tracé notre route tout en restant amis. Un été on s’est dit qu’on allait faire un autre disque et c’est à ce moment là que Safe From Harm est né."

Tu préfères travailler seul ou à deux ?
"J’ai toujours travaillé avec quelqu’un parce que je suis plus un DJ qu’un programmeur. Je suis très lent en programmation, ça me rend dingue, vaut mieux que je travaille avec un programmeur ou alors je balance l’ordinateur par la fenêtre ! Et je préfère travailler avec quelqu’un, c’est mieux pour les idées, pour boire des bières…En plus je suis quelqu’un de très cool, très détendu, je travailles avec des gens très différents."

On dit de toi que tu t’adaptes avec beaucoup de facilités à ton public. Tu prépares tes sets comment ? A l’avance ou à l’instinct ?
"J’essaye en tout cas. Je joues dans des pays tellement différents, je ramènes toujours plus de musique que je n’en ai besoin. Et c’est vraiment un challenge, quand tu débarques dans un pays, de trouver ce qui marche… Je ne suis pas comme certains djs, qui ont leur style et qui s’y tienne genre « C’est comme ça que je joues et pas autrement ! ». J’ai toujours aimé pleins de styles différents, alors je peux balancer de l’électro, de la booty house, de la tech-house… Tout ce qui fera plaisir au public !"

L’an dernier tu as participé à la Gay Pride. Ca t’avais plus ?
"J’ai adoré ! Le public était génial, très réceptif. Dès que tu mets un bon morceau les gars sont là à hurler genre « Aaaaaaaaaah !!!! ». Non sérieux, c’était vraiment bien, et le soir aussi en boîte c’était top, le club était bondé, l’ambiance trop bien…"

Penses-tu que la France et son public sont prêts pour de grands évènements techno comme MysteryLand, Sensation ou DanceValley ?
"Tu sais, la France est un vrai mystère musicalement parlant pour le reste de l’Europe ! Il y a des trucs qui marchent en France et qui ne marchent pas ailleurs. Et à d’autres moments, tu crois qu’un morceau va cartonner, tu le mets et les gens ne réagissent même pas ! Mais si je me souviens bien, en 90 il y a eut quelques trucs…Mais je crois que c’est surtout un problème avec l’administration. Je me souviens quand j’étais en Angleterre, je jouais souvent aux mêmes endroits que Laurent Garnier et ça le rendait dingue ce problème parce que justement il ne pouvait rien faire en France, dés que quelque chose était mit sur pied, les flics débarquaient et bouclaient tout et tout le monde. C’est d’ailleurs pour cette raison que Laurent était en Angleterre. Pour les organisateurs, c’est un gros problème et surtout c’est vraiment risqué ! Tu peux perdre des millions d’euros dans ce genre d’affaire. Alors pourquoi se prendre la tête à essayer ? Mais sinon le public m’a l’air fin prêt !"

Dernière question, peux-tu nous raconter une anecdote amusante qui t’es arrivé pendant l’un de tes sets ?
"Chérie, si je devais te raconter toutes mes anecdotes, on serait là toute la nuit… !!! Alors l’une des choses les plus inhabituelles qui me soit arrivé c’était en Malaisie, à Kuala Lumpur. J’étais à une soirée du Minstry Of Sound et la soirée était vraiment trop bien, les gens, l’ambiance tout…La serveuse débarque dans la cabine du DJ en me tendant une bouteille de champagne. Je croyais que c’était un cadeau du club mais elle me dit : « C’est de LUI »…Et moi de dire : « Ah… euh.. c’est qui LUI ? ». Et là elle me dit que LUI… c’est le Prince Héritier de Malaisie ! Il a aimé la musique alors il m’a envoyé une bouteille de Dom Pérignon. Alors j’ai fini coooooomplétement bourré. Quand j’ai fini de jouer et de boire avec le prince, il est monté dans sa Ferrari et a dévalé la rue à toute allure… Et j’étais là, ivre mort à me répéter : « C’est pas vraiment un truc habituel… Ca n’arrive pas vraiment tous les jours… » !!!!"

Interview réalisée en Mai 2005 par Zara K. Un grand merci à Andy Morris de nous avoir accordé un peu de son temps ainsi qu’à Charlotte (Enjoy Booking) & Ludo M. (Red Light) pour leur précieuse collaboration.
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